Albert Helly

Messages: 80 Date d'inscription: 25/04/2011 Age: 66 Localisation: Grenoble
 | Sujet: Un film chinois sur la peine de mort. "Train de nuit", 2008, Diao Yinan 《夜车》刁亦男 Sam 21 Jan 2012 - 2:14 | |
|  | "Pendant longtemps, j'ai fait le même rêve : j'étais condamné à mort par un tribunal et je me réveillais en sursaut, trempé de sueur et terriblement angoissé. Je me suis alors attaqué à ce projet pour surmonter ma peur : le film est donc né de considérations personnelles, davantage que sociales."
Ni non plus politiques, en effet le réalisateur fait de nous un spectateur invisible et impartial, ce qui semble donner une certaine froideur au film.
Son approche de la peine de mort est totalement déconcertante : nous suivons une jeune femme, huissier de justice et exécutrice de la peine, au pistolet. Mais elle n'est pas inhumaine, elle cherche a sortir de sa solitude, et surtout elle reste une femme.
Le film est compose de deux parties, articulées de chaque cote d'un point de bascule. |
Toutes deux sont baignées des mêmes couleurs gris, bleu, vert sombres, toutes deux se passent dans des décors gigantesques de béton : "Lorsque je suis en présence de tels sites industriels, j'ai le sentiment profond que la proximité entre l'homme et la machine offre un éclairage saisissant sur le sens de notre vie et sur notre terrible solitude. Dans cet environnement, les personnages ont perdu leurs repères et ne parviennent plus à communiquer, même lorsqu'ils habitent ensemble. J'aime beaucoup Kafka et quand je suis parti en repérages, plusieurs de ces sites industriels m'ont fait penser à ses livres. Par ailleurs, les personnages semblent tellement minuscules dans cet environnement écrasant qu'on ne peut qu'éprouver de la compassion pour eux. C'est aussi cela qui m'a convaincu de choisir un tel décor." Mais dans le premier volet, toutes les scènes se passent en intérieurs, (enfermement de la personne, tribunal, prison, train, logement), dans le second en extérieurs ; la jeune femme est entrée dans une autre partie de sa vie. Les seules scènes lumineuses sont consacrées au personnage d'une jeune prostituée et a une séance de strip tease, point de bascule du film, a partir duquel la gardienne de prison va sortir de sa solitude. L'homme qu'elle trouve s'avère être le mari d'une de ses condamnées. Peu de paroles dans ce film, mais des images qui par elles-mêmes sont un discours éloquent sur la justice en Chine : pas d'avocat pour la défense, pas de recherche du mobile qui pourrait expliquer le crime. Pas une image de l'exécution, mais elle est évoquée de façon terrible et froide. Une justice inhumaine et l'inutilité de la peine de mort. Et cette question, l`argent, le sexe, les rapports charnels permettent-ils seuls de sortir de l'enfermement et de la solitude ? _________________
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