Albert Helly

Messages: 80 Date d'inscription: 25/04/2011 Age: 66 Localisation: Grenoble
 | Sujet: Avez-vous lu « Grenouilles » de Mo Yan,《蛙》莫言 aux éditions du Seuil. 2011 ? Mar 6 Déc 2011 - 15:55 | |
|  | Généralement les livres de Mo Yan me déconcertent et pourtant j'y retourne toujours. Ils oscillent souvent entre merveilleux, fantastique et réalité. Ils me font aussi penser parfois aux tableaux de Jérôme Bosch et de Breughel l'Ancien, peuplés d’êtres monstrueux, hybrides humains-animaux.
« Grenouilles » est le premier roman chinois que je lis, consacré à la politique de planification des naissances et de l’enfant unique : saisissant et terrifiant. La métaphore des grenouilles traverse tout le livre : « les têtards grouillant dans une flaque d’eau sont semblables aux spermatozoïdes humains, un lien mystérieux existe entre eux et la fécondité humaine ».
Mais le filigrane du livre est l'instinct de procréation, de maintien de la continuité de l'espèce. Il est sans cesse combattu par la politique de limitation des naissances et celle de l’enfant unique, vasectomie, ligature des trompes, avortements tout est pratiqué en série, sans compter les amendes et autres condamnations. Combien de tragédies ! | La Tante, gynécologue militante, personnifie cette politique, telle l'archange Saint Michel, mais son étendard est un stérilet, elle pourchasse le dragon de la sexualité du peuple chinois. Mo Yan illustre bien le bon sens, l'incompréhension et la révolte des paysans chinois, pour qui avoir des enfants est une nécessité vitale. Le livre est construit comme un triptyque, le premier volet se situe dans les années 79-83, quand cette politique fut la plus virulente, le second 25-30 ans plus tard, où, grâce à l’argent, toutes les dérives abusives sont possibles, insémination artificielle, commerce des mères porteuses, cliniques spécialisées, le troisième est une pseudo pièce de théâtre, écrite par le narrateur, synthèse-bilan de cette politique. Heureusement, cette construction en abyme, (l’œuvre écrite dans l’œuvre) n’est pas trop pesante. Aujourd’hui les autorités chinoises constatent les conséquences de cette politique étatique : disparité numérique entre hommes et femmes, baisse de la démographie, manque de main d'œuvre, difficulté de financement des retraites. Une fois de plus je ferai référence à Huo Da Tong, « La Chine sur le divan », p 93 : « Nous sommes en face d'un trauma collectif, partagé par un milliard d'individus ! Tout le monde vit la même chose et personne ne peut se plaindre, plus qu'un autre. » Trois générations portent en elles ce traumatisme psychique, et je le constate chaque fois que je rencontre un(e) étudiant(e) chinois(e) qui m'explique la pression psychologique et morale qui pèse sur ses épaules. Si vous l'avez lu, Quand vous l'aurez lu, N'hésitez pas à nous faire part de vos impressions et commentaires. _________________
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