 | En 2007, je vous présentais le Vespa Velutina. Ce frelon venu d'Asie, apparemment arrivé en France par accident en 2004 dans des conteneurs de marchandises. Vous aviez été nombreux à réagir, nous montrant l'inquiétude que suscitait ce nouveau prédateur ! Retour sur la présentation et la situation du Vespa Velutina.
Apparu officiellement pour la première fois en France dans le sud-ouest, l'insecte semble progresser tous les ans de près de 100 km dans l'Hexagone. |
A l'époque, nous avions pu joindre Jean Haxaire, l'auteur de nombreuses publications et chargé de missions entomologiques un peu partout dans le monde. Grand spécialiste en France du Vespa Velutina.
 | Ce professeur français de Biologie âgé de 49 ans, est attaché depuis 1992, au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. Chercheur associé à l’Insectarium de Montréal (Québec) et Co-président du programme BoLD (Barcoding of Life Diversity), projet "Sphingidae of the World" de l’Université de Guelph (Canada, Ontario) avec le professeur Paul Hebert. Est également membre de la société entomologique de France... Pour le scientifique, il s'agissait rapidement de clarifier certaines idées et d'éviter les amalgames ! |
Pour répondre à certains commentaires : Le Vespa mandarinia n'est pas en France. S'il arrivait, ça serait une catastrophe d'une ampleur supérieure à l'invasion du Vespa velutina ! Ce que certaines personnes ont cru voir, est très probablement des Scolia maculata flavifrons, la seule grosse guêpe à tête jaune. C'est un animal pacifique, rare et protégé. Il se nourrit des larves des gros Coléoptères style "rhinocéros" (Oryctes nasicornis).
Le Vespa velutina gagne du terrain. Nous avons créé une association (Hornet) qui surveille son expansion, et Claire Villemant au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris (MNHN) à travaillé à une cartographie de l'insecte en ligne. En ce sens, tous les témoignages sont précieux, surtout en des zones où l'insecte n'a pas encore été signalé.
En contrat avec le MNHN et supervisé par Claire, un étudiant à passé un mois chez moi, travaillant sur un nid de velutina en volière.
Ses observations sur le bâtissage du nid et la prise de nourriture de ce Vespa sont passionnantes et seront publiées sous peu. Nous attendons désormais une petite réaction des pouvoirs publiques et si possible une petite aide.
Il est étonnant que toutes nos demandes soient restées sans réponse alors que le sujet suscite un très vif intérêt et une grande inquiétude chez les apiculteurs.
Une équipe du CNRS a djéà installé une micro caméra devant notre nid, afin de filmer et donc de connaître un peu mieux la biologie de cet insecte. Toutefois, il est désormais clair que rien ne l'arrêtera et qu'il va progresser vers le nord de la France !
Reste le plus important. Quantifier son niveau de nuisance sur notre abeille domestique. Beaucoup de questions donc. Mais nos amis apiculteurs nous donnerons rapidement une première estimation...
Par la suite, Jean Haxaire acceptait un chat en direct avec les internautes (2009) :
Jean Haxaire, merci d'avoir accepté ce chat. La première question des internautes : D'où, vous êtes venu cette passion pour la biologie et l'entomologie ?Je suis tombé dedans tout petit. A 7 ans, j'élevais des papillons et déjà les Sphinx me fascinaient. Je pense que mon père, médecin et naturaliste y est pour beaucoup...
On parle de ce frelon venu d'Asie, comment le reconnaître concrètement en France ?C'est un insecte plus sombre et plus fauve que notre Vespa crabro (frelon ordinaire) et il a la tête sombre (elle est jaune chez crabro). Enfin, il présente une fine ligne jaune pâle après le 1er segment abdominal...
Dans quelle situation, avez-vous vu votre premier vespa velutina ?Un ami m'a apporté l'insecte sur mon bureau. Je lui ai dit de suite que cet insecte n'était pas français, mais il le savait déjà (c'est un excellent naturaliste, et en France, il n'y a qu'une espèce dans le genre Vespa).
A lire sur la découverte de cet insecte: Haxaire J., Bouguet J.-P. & Tamisier J.-Ph. 2006. Vespa velutina Lepeletier, 1836, une redoutable nouveauté pour la faune de France (Hymenoptera, Vespidae). Bulletin de la Société entomologique de France, 111 (2) : 194. Villemant C., Haxaire J.P. & Streito J.C. 2006. Premier bilan de l'invasion de Vespa velutina Lepeletier en France (Hymenoptera, Vespidae). Bulletin de la Société Entomologique de France, 111 : 447-450. Villemant C., Haxaire J.P. & Streito J.C. 2006. La découverte du Frelon asiatique Vespa velutina, en France. Insectes, 143 : 3-7.
Ces papiers sont en ligne sur le site du MNHN : http://inpn.mnhn.fr
Où retrouve t-on cette espèce en France aujourd'hui ? La situation est t-elle grave ?Cette répartition est à l'étude et sur un site du MNHN nous bâtissons sa cartographie, mais on peut déjà dire qu'il est dans tout le quart sud ouest de la France. On doit en être à 13 départements (chiffre 2009), mais encore une fois ce chiffre est provisoire. J'ai plus de 500 signalements fiables, et rien que sur Agen, on annonce 100 nids détruits. La gravité est elle aussi à l'étude. Le puissance de nuisance de l'insecte n'est pas encore connue, pas quantifiée. Dans 6 mois, on saura.
Pour nous les particuliers ! Que faire pour se préserver de ce frelon vespa velutina ?Déjà le reconnaître en allant voir sur le site : http://inpn.mnhn.fr
Si la détermination est certaine, 2 choses. Si on a pas d'abeille et que le nid est loin de la maison, le risque est faible, l'insecte est peu agressif, voir pas du tout à 2 m du nid.
Si on a des abeilles, il faut éliminer le nid, mais là il est préférable de faire venir les pompiers ou des spécialistes. L'insecte est calme mais si on touche au nid, l'attaque est immédiate et dangereuse.
Mais quand on appelle les pompiers, ils ne se déplacent plus ! Que faire ! créer un service spécial ? Et pour les apiculteurs en cas de désastre, une aide accordée ?Les pompiers viennent souvent, mais en effet ils ne peuvent pas passer leur vie à détruire des nids d'insectes. L'insecte n'est pas encore classé insecte nuisible donc pour le moment pas d'indemnisation en vue. Mais je précise que je travaille sur la biologie et l'écologie de cet invasif, pas sur l'aspect économique. J'ai beaucoup d'amis apiculteurs qui trouvent en effet que ça ne bouge pas vite.
Est ce que les pouvoirs publics vous écoutent et quels sont les moyens votre à disposition ?J'ai créé à la demande de collègues du MNHN et du CNRS un association, "Hornet" qui bosse sur ce problème. Nous avons reçu un étudiant qui s'est attaqué au vaste sujet de l'alimentation de V. velutina. Nous organisons des réunions, mais pour le moment c'est le bénévolat le plus total et je suis un peu déçu, j'avais eu des promesses d'aide mais c'était avant, quand velutina faisait la une des journaux.
Toutefois, il y a eu récemment des promesses d'aide plus directes. J'y crois encore. Je rappelle que Claire Villemant et moi même sommes signataires ou co-signataires de toutes les publications scientifiques sur le sujet. On pouvait raisonnablement s'attendre à être aidé, au moins pour nos déplacements.
Une action d'urgence à engager ?Une équipe du CNRS sera chez moi dans 8 jours, pour placer une micro caméra dans le nid que j'élève depuis 6 mois. On en saura un peu plus sur la biologie de notre ami d'Asie. Le plus important est de connaître le coéficient de nuisance !
Quand je parle de nuisance, je pense aux abeilles bien entendu mais aussi à l'entomofaune locale. Si le velutina ne trouve pas d'abeille, il mange bien quelque chose. ce quelque chose est à découvrir !
On est déjà sur des pistes sérieuses. des centaines de boulettes alimentaires sont décortiquées par Claire Villlemant du MNHN, grace à notre étudiant (Adrien Perrard) qui les a prélevées sur des ouvrières rentrant au nid. Claire et moi préparons une note sur le sujet. Dans ce but, je prélève à mon tour des boulettes sur mes ouvrières. Un papier sera sous presse à la fin de l'année...
La situation du frelon est particulière à la France, ou c'est un problème européen ?C'est bien sure européen. L'insecte ne va pas s'arrêter aux frontières et je suis certain qu'il sera trouvé en Espagne l'an prochain. Les anglais sont assez inquiets à ce sujet, et les suisses aussi. Ils préparent les parades, eux !
Excepté le vespa velutina, quels insectes inquiètent en France aujourd'hui ?Les insectes les plus gênants sont souvent les plus discrets. Il y a quantité de phytophages, des scolytes, des Ips qui véhiculent des maladies. Mais la question n'est pas bonne (désolé!). Nos écosystèmes vont mal, car asphyxiés de pesticides. Il n'y a plus de cycle de régulation, donc n'importe quel insecte peut devenir invasif. Le problème est la disparition des prédateurs d'insectes. Les oiseaux, les petits mammifères insectivores, etc.. On doit laisser les écosystèmes revenir à des positions d'équilibre où l'autorégulation était la règle. Les pullulations étaient alors très difficiles. Les gens sont catastrophés de voir ce nouveau frelon et veulent le détruire. Mais on ne peut pas en permanence tuer tout ce qui entre sur notre territoire. Si on avait pas affaibli la biodiversité à ce niveau, le frelon aurait rencontré une forme de résistance (par exemple par les oiseaux...). Il gagne du terrain, parce qu'il trouve le terrain ouvert devant lui !
Dans vos missions et recherches, travaillez-vous sur des projets avec vos collègues étrangers ( échanges internationaux) ?Je ne travaille pratiquement qu'avec des collègues étrangers. je détermine les Sphingidae du Globe, et en ce moment je suis dans un programme canadien (BoLD) qui consiste à barcoder tous les Sphinx du Monde. On va caractériser tous les Sphinx par une séquence d'ADN.
Des problèmes pour le vespa velutina en Asie ?Non, car il n'est pas le seul frelon, il y en a plus de 10 espèces, donc la régulation de cet insecte est effectuée par ses propres collègues. Plus terrible est le Vespa mandarinia de Chine qui est un massacreur d'abeille, 100 fois plus féroce que le velutina.
Jean, une petite conclusion ?j'aimerais que l'on cesse de considérer l'insecte comme "Le nuisible absolu" ! L'immense majorité des insectes jouent des rôles important dans notre vie de tous les jours. Même le frelon commun qui suscite tant de haine est utile et finalement pas vraiment agressif.
L'homme doit absolument comprendre qu'il partage la terre avec pratiquement 2 millions d'espèces d'insectes et que chacune joue un rôle bien précis. Sans insecte, plus d'oiseau, plus de vie...
Il faut sensibiliser les enfants au monde de l'insecte, supprimer les réflexes habituels de rejets et de destruction systématique. C'est possible, par nature les enfants aiment les insectes si on ne leur transmets pas nos phobies.
Reste donc maintenant à voir, quelles mesures concrètes les pouvoirs publics vont s'engager à prendre pour la lutter contre cet insecte.
Olivier Le Clouërec - Chine et Francophonie